Allocution de Régine MORINEAU

Mesdames, Messieurs, chers amis, chers camarades, 25/11/2018

Il y a 74 ans, en septembre 1944 notre région se libérait de 4 années d’occupation nazie. Un an plus-tard le 8 mai 1945, l’Allemagne hitlérienne capitulait et l’Europe sortait enfin du cauchemar et se libérait enfin pour toujours croyait-on du joug fasciste.

Les événements récents montrent qu’il suffit de peu de mots, de quelques phrases ou d’actes assassins pour que le poison du nationalisme, du racisme et de l’antisémitisme s’insinue dans la société. Le président de la République a bien tenté de réhabiliter Pétain, un homme frappé d’indignité nationale et condamné à mort le 15 août 1945.

C’est pour nous un devoir, de regarder avec attention le passé de notre histoire, d’en méditer les leçons, d’honorer la mémoire des victimes qui, présents ou non sur les monuments aux morts, ont écrit dans des lettres de sang leur destin tragique pour tracer le chemin de la libération de notre pays.

A nous tous d’être vigilants pour condamner tout agissement contraire à nos valeurs républicaines, à nous, inlassablement, de défendre l’honneur de ses femmes et hommes qui ont donné leur vie dans le dur combat contre l’occupant nazi.

Les déportés survivants des camps de la mort, les prisonniers de guerre, les requis du STO sont rentrés dans une France exsangue par les sacrifices imposés par les occupants et les traîtres à son service, mais une France qui avait renoué avec la démocratie et la République, qui avait retrouvé sa souveraineté et son indépendance, une France redevenue un pays libre.

Cette France retrouvée, cette Europe libérée de l’oppression, nous les devons à toutes celles et tous ceux qui se sont sacrifiés : aux soldats alliés américains, soviétiques, anglais, canadiens, aux patriotes français qui ont répondu à l’appel du général De Gaulle et constitué les Forces Françaises Libres et à ceux qui ont participé à la Résistance sur le sol national.

Dans le Cher, ils ont payé un lourd tribut :

200 fusillés plus de 1000 déportés

Parmi ces fusillés, ces déportés, parmi ceux qui sont tombés dans les combats de la Libération, nous commémorons aujourd’hui.

Émile-Louis Tixier 

Emile Tixier

Il est né le 16 septembre 1921 à Lunery; Ajusteur mécanicien : militant communiste ; Résistant.

Émile était le fil d’un mouleur de l’usine de Rosières, après son apprentissage; il travailla en 1939 à Bourges dans une usine d’aéronautique.

Le 30 septembre 1943 Émile fut arrêté à son domicile à la Rochelle par les policiers de la 7éme brigade de sûreté de Bordeaux, dirigée par le commissaire Poinsot et la police allemande.

Émile fut incarcéré à la prison de la Pierre Levée à Poitiers, et condamné à mort pour activité en faveur de l’ennemi et activité de franc tireur, et fusillé au champ de tir de Biard il y a eu 75 ans le 5 novembre.

Gabriel Dordain

Gabriel Dordain

Il est né le 4 septembre 1904 à BOUCHAIN département du nord. Alors qu’il allait avoir 10 ans le 26 août 1914, c’est l’exode, il fuit les bombardements français et allemands. Il trouve refuge avec sa famille à Vierzon, terre d’accueil.

En 1936 c’est le début de la guerre d’Espagne, Franco, Hitler et Mussolini écrasent sous les bombes la jeune république espagnole, de longues marches de réfugiés traversent les pyrénéens afin d’échapper à la mort, alors le petit réfugié qui a fuit la guerre en 1914 n’hésite pas. Il créa l’association florentaise chargée de l’accueil des réfugiés Espagnols dans notre ville, il en sera le secrétaire.

Il était connu avant-guerre pour ses activités syndicales et politiques, il travaillait dans l’ombre et sans avoir l’air de se mouiller, disait de lui, Louis Aubouet, dès 1940 il assumait clandestinement des responsabilités périlleuses.

En liaison directe avec Marcel Cherrier, qui était recherché par la Gestapo comme chef de la résistance armée dans le Cher, c’est lui qui avait la tâche redoutable de canaliser les jeunes réfractaires au S.T.O. vers le maquis F.T.P.F dont les actions devenaient de plus en plus nombreuses contre l’occupant .

Hélas, lors d’une attaque par un groupe F.T.P. d’un train de munitions allemands à FOECY, les membres du groupe furent tous, ou tués, ou prisonniers, et parmi ces derniers, son propre neveu avait commis l’imprudence de garder sur lui une lettre de son oncle. C’est ainsi qu’il y a 75 ans, le 22 septembre, vers 17 heures la Gestapo est venue le chercher à l’usine Mealarès.

Il fut fusillé avec son neveu et 6 autres combattants le 23 novembre.

Germain Baujard.

Germain Baujard

La Famille Louis Baujard, mouleur à Rosières et de Mélanie Plisson était composée d’une fille et 3 garçons. Germain, le dernier est né le 27 août 1913, les 3 frères : Lucien, Camille et Germain ont été apprentis à l’usine de Rosières, comme ajusteur mécanicien.

Lucien, l’aîné est parti en premier à l’usine Gnome et Rhône dans la région parisienne au début des années 1930 et a été suivi par ses 2 frères.

Germain est arrêté par la police française en 1939 à Paris pour activité communiste et distribution d’un journal interdit, l’humanité.

Il est interné à Fréjus dans le Var. Il s’évade du train qui le conduit en Allemagne début 1943.

Son frère Lucien meurt en Allemagne où il était prisonnier de guerre, le 14 juillet 1944.

Germain meurt le 22 août 1944 lors de l’attaque d’un train blindé à Pont Vert.

Son nom est inscrit sur la Stèle des 67 morts pour la France de l’usine SNECMA devenue Safran à Corbiel Essonne.

Maurice Montigny, Né le 22 Septembre 1920 à St-Florent-sur-Cher, vaillant combattant de l’ombre sera arrêté par les nazis, torturé, puis fusillé à Loches le 24 août 1944, il avait 24 ans. Le 25 août au soir, les FTP reprennent la « guérilla », qui monte en puissance au fil des jours, les Allemands seront chassés le 2 septembre 1944 et Loches sera libéré.

Roger Virolle, Né le/en 26 février1925 à Vierzon engagé au 5e bataillon de chasseur à pied, ardent combattant, poursuivant la lutte de libération du sol français, a été tué devant Colmar à Oberfed, Haut Rhin, le 8 février 1945, il n’avait que 20 ans.

Ce sont quelques combattants qui se sont levés contre le fascisme, la barbarie nazie, pour la liberté de notre peuple, tous rêvaient d’une libération nationale et d’un nouveau progrès social et démocratique. Ils l’ont payé de leur vie.

D’autres nous ont quitté au fil des années. D’autres, enfin, sont encore parmi nous et témoignent jour après jour de leur engagement de résistant.

Au-delà de l’hommage que nous devons rendre aujourd’hui à toutes celles et tous ceux qui ont combattu le nazisme – quelles que soient leur religion, leur préférence philosophique ou politique, il nous revient à nous aujourd’hui de rappeler leur combat, le rôle essentiel tenu par ces hommes et femmes de l’ombre, français et émigrés pour redonner ses couleurs à la France.

La résistance a été aussi le Conseil National de la Résistance et sa création avec Jean Moulin le 27 mai 1943.

Le CNR établissait un programme économique, social, politique, il a eu le souci de jeter les bases d’une société nouvelle, plus juste, plus solidaire de préparer «les jours heureux».

La création de la sécurité sociale, une retraite décente, la création d’entreprises publiques performantes, le renforcement des droits des salariés dans l’entreprise, la possibilité donnée à tous les enfants d’accéder au savoir et à la culture quelque soit la situation de fortune des parents.

Nous sommes de ceux qui veulent continuer à porter les messages de la Résistance.

La résistance est la propriété de personne. Elle n’est pas le fait d’un homme, d’un parti ou de quelque organisation que ce soit. Elle est celle de tous ceux, qui communistes, socialistes , gaullistes, catholiques, juifs ou athées, surent s’unir et combattre pour la liberté.

Nous avons dans nos gênes l’expérience de ce que nous ne devons pas oublier.

Cette honte de l’insolent enrichissement de quelques-uns face à la détresse et aux difficultés du plus grand nombre.

Quelle honte que d’apprendre que depuis 2016, 10000 personnes se sont noyées dans la méditerranée en fuyant les guerres et les bombardements des États Unis et ces alliés dont la France. Ces décès tragiques nous rappellent que les guerres et la pauvreté continuent de pousser les gens à entreprendre des voyages désespérés qui leur coûtent, leurs économies, leur dignité et, en fin de compte, leur vie. Il n’a jamais été aussi urgent de s’attaquer aux causes profondes (des déplacements), d’améliorer les conditions en Libye et dans d’autres pays, le long de la route, d’offrir des alternatives sûres et de toujours sauver les gens en mer et de les accueillir avec dignité.

Utopie me direz-vous? Peut-être, mais pas davantage qu’il y a 78 ans quand au cœur de la nuit la plus noire, certains se sont efforcés de faire vivre la flamme de l’espoir, de la dignité, de la libération et de la construction d’un monde meilleur.

Fidèles à ceux que nous honorons aujourd’hui, ayons ensemble la volonté, la capacité, le culot d’aller plus loin.

Pour changer cette société barbare écrasée par les marchés financiers,

par une société où il n’y aura pas d’autre valeur que l’être humain !

Stéphane Hessel déclarait dans «indigner-vous»

Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux.

Quand quelque chose vous indigne, comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé.

On rejoint le courant de l’histoire et le grand courant de l’histoire doit se poursuivre grâce à chacun d’entre nous.

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