Photo-Henri DIAZ -2016                           Henri DIAZ 1944

Henri DIAZ, né le 22 avril 1917, à Vierzon, a fêté son centenaire ce samedi 29 avril 2017 à Bourges, à l’espace Nelson Mandela, en présence de nombreux amis, anciens résistants, élus et militants communistes, syndicalistes…

Ancien résistant, Henri DIAZ, de conviction communiste, a connu et participé à plusieurs luttes. La guerre d’Espagne, d’abord. Dès septembre 1936, il a combattu avec les Brigades internationales, de l’autre côté des Pyrénées.

Ce combat en Espagne, il en parle dans son livre « Les sentiers de la Liberté ».

« Je suis allé au pays de Cerventes pour chasser le fascisme international en 1936.

J’ai combattu sur le front de Madrid avec le 5è Régiment des Milices populaires puis dans la 36è brigade de la 4è division commandée par le colonel Bueno. J’ai ensuite été versé au 1er bataillon et j’ai quitté Madrid pour le front d’Extremadura, où j’ai participé à de grandes batailles dans cette région. J’avais été versé à la 14è Brigade internationale mais je restais au 1er bataillon motorisé. Enfin j’ai été envoyé sur le front de Valence. Nous avons quitté l’Espagne sans pouvoir la libérer de ses chaînes. Nous nous sommes embarqués le 17 mars 1939 au port de Gandia près de Valence à bord du contre-torpilleur français « Le Foudroyant ». Nous étions un groupe de 80 français qui regagnions notre pays. Le navire devait accoster à Port Vendres mais la tempête ne le permit pas. Le commandant de bord le dérouta sur Toulon où nous avons débarqué le 19 mars 1939. L’ordre fut donné de quitter le navire. Tous les hommes aguerris par trois années de lutte, de combats descendirent dignement. Là les brimades commencèrent.

Après un interrogatoire mené par un commissaire de police visiblement hostile aux volontaires des brigades internationales qui avaient combattu les Allemands, les Italiens et les Franquistes, Henri et ses compagnons vont connaître la prison à Toulon puis à Marseille.

Après sa détention Henri est affecté au 95è Régiment d’infanterie de Bourges pour y effectuer son service militaire. Là le chef de bataillon auquel il est affecté lui dit : vous venez donc de faire la guerre d’Espagne aux Brigades Internationales et dans l’armée républicaine espagnole. Permettez moi de vous féliciter ».

En France pourtant, Henri constate qu’il n’y a pas d’esprit de combativité contre le nazisme. « Les ligues factieuses formées par les Croix de Feu font une propagande effrénée contre la République en toute liberté, alors que l’on pourchasse ceux qui sont allés combattre les armées allemandes et italiennes » écrit-il.

La guerre éclate alors entre la France et l’Allemagne Nazie. Henri et son régiment partent rejoindre leur position en Alsace.

C’est la « drôle de guerre » puis l’attaque Allemande, l’encerclement des troupes françaises en Alsace et en Lorraine.

Alors que le Pays attend un sursaut de son armée, les autorités françaises après la nomination de Pétain comme chef du gouvernement, demandent l’armistice.

Henri et ses compagnons d’arme connaissent la dure vie des prisonniers de guerre en Allemagne.

C’est d’abord le stalag puis le travail forcé dans une aciérie. Travail très dûr devant des fours, sans protection. Henri le paiera cher car sa vue en sera durement affectée quelques années plus tard.

Une première tentative d’évasion qui échoue puis une deuxième qui échoue encore. Chaque évasion qui échoue est suivie par des travaux très dûrs en punition dans un stalag.

Dans les camps, la résistance s’organise et pratique des sabotages pour freiner l’effort de guerre nazi.

La troisième tentative d’évasion est la bonne. Avec d’autres prisonniers il est affecté au déblayage d’une autoroute près de Kassel. Henri et deux autres camarades profitent de la proximité d’une forêt pour échaper à la vigilence des sentinelles et se faire la belle. Ils réussissent à joindre Kassel à 80 km de là. Henri se glisse sous un wagon du train qui relie Berlin à Hendaye.

Il s’installe sur une petite plate forme de 20 à 30 cm de large et de 120 cm de long. Il écrit : « il faut être fluet pour tenir mais la réussite bouscule toutes les souffrances ». C’est le 2 mars 1942. Au départ de Kassel il fait moins vingt degrés.

Quand le train démarre, Henri sait qu’il doit tenir 24 heures par un froid terrible et sans dormir pour rejoindre Angoulème d’où il pourra passer en zone non occupée. Comme ravitaillement il a deux biscuits et deux barres de chocolat mais il perd tout ça au premier virage.

A Angoulème, après avoir quitté le train il est recueilli par des cheminots. Une de leur connaissance le fait passer en zone non occupée.

Après plusieurs séjours à l’hôpital en raison des brûlures causées par le froid sous le train, il arrive dans le Cher.

Dans le canton de Dun-sur-Auron, il trouve du travail comme ouvrier agricole puis fini par entrer en contact avec des amis qui souhaitent organiser la Résistance.

Constitution du maquis de MaupiouxPhoto-Maquis de Maupioux

Cependant écrit-il : « La situation reste très difficile pour ceux qui veulent s’organiser et faire des groupes de Résistants. Nous ne sommes pas nombreux. Peut-être que dans les salons il y en a plus, mais ça ne se voit pas sur le terrain. Nous avons des moments de découragement en constatant que certains sont plus attirés par Vichy que par la Résistante …

Nous pensons qu’il nous faudra bâtir une cabane dans la forêt de Maupioux, afin d’héberger le cas échéant des hommes traqués. Dans le dernier trimestre de l’année 1942 nous construisons une cabane en terre pouvant contenir huit à dix personnes …

Ici pour le moment, personne d’inconnu n’a le droit de pénétrer. La sécurité nous y oblige. Lorsque nous sommes obligés de faire venir quelqu’un nous le faisons accéder par une route ou un chemin et en sortir différemment. C’est pourquoi ce maquis de Maupioux a résité jusqu’au mois de juin 1944 ».

Début 1943 des approches sont faites vers les Front National, vers le Parti Communiste. Henri contacte le responsable des Espagnols et le départemental de la M.O.I (Main d’oeuvre immigrée).

Henri prend la direction du Sancerrois, plus particulièrement celle de Feux et contacte Maxime et Daniel.

Juin 1943 verra se développer les renseignements et les contacts.

Les actions de sabotage s’amplifient dans le département mais les gens se croient seuls. Beaucoup de Résistants sont arrêtés, puis déportés ou fusillés mais la motivation progresse et un homme qui tombe est vite remplacé.

« Il y a de plus en plus d’hommes et de femmes qui entrent dans les réseaux de la Résistance. Avant de les faire venir aux F.T.P.F, nous essayons de bifurquer les recrues à la filière du Front National et en fonction de leurs possibilités nous les engageons vers la lutte armée, ou bien vers le groupement des Milices patriotiques…

Maintenant, nous avons pratiquement partout dans les villes, les cantons, les villages, les hameaux, des antennes ; en ce qui nous concerne : mouvement politique P.C., Front National, organisation syndicale CGT , cheminots, Milices patriotiques, F.T.P.F. C’est dire que le tissage est bien constitué. Le travail nous paraît plus facile, dans nos déplacements, et aussi plus productif et moins fatiguant…. 

Les Résistants sont divisés en petits groupes de trois ou quatre qui ne doivent pas se connaître.

C’est la sécurité pour soi même et pour les autres ».

La défaite des Nazis à Stalingrad décuple les énergies. Début 1944, l’organisation est très avancée. La grande formation du Parti communiste fait la synthèse. Ce début d’année permettra de faire des démonstration de force des combattants de l’ombre mais Henri et ses compagnons ont l’impression que les Anglo-Américains retardent le débarquement pour épuiser l’Armée Rouge. Ils ont l’impression que les FTPF sont confrontés aux mêmes problèmes en étant privés d’armes parce qu’ils sont en majorité communistes.

Fin août et début septembre 1944 : la bataille de Saint-Hilaire de Court et la libération de Vierzon

En ce 31 août 1944, de nombreuses colonnes d’Allemands cherchent à rejoindre l’Allemagne souvent au prix de lourdes pertes que leur infligent les résistants qui les harcèlent.

C’est ainsi qu’a lieu la bataille de Saint-Hilaire-de-Court à 5 km à l’ouest de Vierzon, opposant 2000 Allemands à 300 Résistants FTP sous les ordre d’Henri DIAZ, commandant Bertrand dans la Résistance.

Dès le 28 aout, les FTP sont informés de l’arrivée d’importants convois qui remontent de l’Indre par la Nationale 20. Les FTP décident alors de les empêcher de passer, et sous les ordres de « Bertrand », ils disposent quelques mines sur la route nationale ainsi que sur toutes les routes de la région ; ils complètent leur dispositif en mettant en place, au long de ces voies, les obus de 155 récupérés le 3 août à la Chapelle Saint Ursin. Un système de mise à feu électrique permettra, le moment venu, de déclencher leur explosion.
Sur la route de Saint-Georges-sur-la-Prée, un barrage est dressé, face à la ferme de la Junchère et gardé par la compagnie Godard. Sur la route de Dampierre-en-Gracay, un autre barrage est établi dans les bois de Bellefiole, sous la garde de la compagnie Wolfer.
Une compagnie composée d’une centaine de Sénégalais évadés récemment est cantonnée à Massay. D’autres maquisards sont installés à Méreau et à Brinay. La libération de Vierzon n’est plus qu’une question de jours.
Vers 3 heures du matin, les hommes de faction de la Junchère entendent un bruit de moteurs et voient soudain déboucher des voitures allemandes venant de Saint-Georges-sur-la Prée. La première, dans laquelle se trouvaient deux officiers, est stoppée par une rafale de fusil-mitrailleur. Les deux hommes sont atteints mais l’un d’eux n’est que blessé et trouve encore la force de riposter avant de s’effondrer sur le klaxon qui se met à hurler de façon ininterrompue. L’alerte est donnée.
Le reste du convoi arrive aussitôt tandis que les FTP reçoivent le renfort de leurs camarades qui accourent à Saint Hilaire. La bataille s’engage.
En voici le récit fait par un témoin, Madame Dallois :
« Les Allemands sortent précipitamment des autres voitures et mettent les mitrailleuses en batterie… Un véritable front se forme, partant de l’Arnon, passant par la ferme de la Junchère, traversant la route de Dampierre près du cimetière et allant jusqu’à la Nationale. La bataille fait rage pendant une demi-heure.
Pendant ce temps, une autre partie de la colonne allemande qui n’avait pas pu passer la route de Saint-Georges, composée de camions trop lourdement chargés, s’approche du barrage de Bellefiole, gardé par des résistants de Saint-Georges.
Au cours du combat, qui dure jusqu’au jour, plusieurs Allemands sont tués : deux maquisards sont blessés, dont un fait prisonnier est sauvagement achevé par les nazis. De l’artillerie, des renforts arrivent du côté allemand. Le combat reprend avec rage et va durer sept heures. Près de la ferme de la Junchère, les maquisards essaient de récupérer les armes et munitions
qu’ils croient abandonnés par les allemands. Plusieurs sont blessés (dont Maurice RENAUDAT NDLR), l’un est tué.
Devant la supériorité en hommes et en matériel – ce sont 300 résistants qui se sont attaqués à 2000 allemands –
les résistants doivent battre en retraite et se replient sur Méreau et Brinay. Les blessés français sont évacués sur Massay. Les Allemands ont, de leur côté, de nombreux morts et blessés. Leur rage ne connait pas de bornes.
Ils incendient la ferme de la Junchère et tuent d’une rafale de mitrailleuse le fermier de Bellefiole qui voulait sortir ses animaux et les sauver de la fournaise.
C’est alors l’invasion des maisons du quartier de la Junchère : tous les habitants – hommes, femmes, enfants – sont brutalement sortis et parqués sous un hangar… J’étais parmi les otages, avec mes enfants, tout petits, dont l’un était encore au biberon.
Les hommes sont séparés des femmes et des enfants et emmenés à la ferme de Bellefiole. On leur fait creuser des fosses pour enterrer les morts allemands puis on les aligne dans un champ à la lisière du bois. Tous s’attendent à la fusillade.
Un ordre arrive : on les fait monter dans un grenier de Bellefiole. Sous le
urs yeux, les Nazis entassent de la paille avec l’intension d’y mettre le feu.
Pendant ce temps, d’autres brutes torturent un maquisard prisonnier : celui-ci, bien que déjà blessé, est soulevé par les cheveux et roué de coups, pieds et poings liés. Sous les yeux des otages de Saint Hilaire, horrifiés et impuissants, il agonise lentement jusqu’au soir ;
L’incendie commence. Les Allemands partent. Les hommes de Saint-Hilaire attendent une mort horrible. Au dernier moment, un colonel autrichien a enfin pitié d’eux et place une échelle pour les libérer avant que les flammes, qui avaient déjà détruit une partie du bâtiment, n’arrivent jusqu’à eux.
Nous, les femmes et les enfants nous avons eu aussi la chance de tomber sur un Autrichien qui n’obéit pas à l’ordre d’incendier le hangar où nous étions enfermés et qui nous libéra. Quand nous nous sommes retrouvés le soir, l’école était détruite : Madame et
Monsieur Borde, les instituteurs d’alors, ne possédaient plus que les habits qu’ils avaient sur eux.
D’autres fermes avaient été détruites et de nombreuses maisons du quartier partiellement brûlées. Cette journée du 31 aout 1944, jamais aucun habitant de Saint-Hilaire ne pourra l’oublier.
Et pour cause ; en se retirant avec leurs quelques 200 hommes hors de combat, les Allemands laissent derrière eux 24 foyers d’incendie. Les résistants ont 4 morts (Georges Bouffault, Jean Deschâtres, André Guillemet, Marc Marcadet) et 7 blessés »
.

Le 4 septembre 1944 soit 4 jours après, le FTP libèrent Vierzon.

A la Libération, Henri épouse Micheline qu’il a connue dans la Résistance et avec qui il aura un fils qu’ils appelleront José Bertrand. Il signe un engagement dans l’armée régulière jusqu’à la fin de la guerre mais son contrat n’est pas renouvelé, il semble bien que les autorités ne veulent pas de communistes dans l’armée.

Le chemin qu’à parcouru Henri DIAZ est raconté par lui-même dans le livre qu’il a écrit à partir du journal qu’il écrivait tout au long de sa vie de Résistant : LES SENTIERS DE LA LIBERTÉ.

On peut se le procurer à la FNAC ou en ligne sur AMAZONE au prix de 20 €

Photo-Livre Les Sentiers de la Liberté

Discours prononcé par Yannick Bedin,

militant du Parti communiste à Bourges

Cher Henri, mon cher camarade,

Je ne veux pas m’attarder ni abuser de ton temps et de celui de tes invités surtout que beaucoup de choses seront dites par d’autres.
Simplement quelques mots pour saluer celui qui nous rassemble aujourd’hui dans la fête pour ses 100 ans! Tu es de ceux qui nous, qui me permette, encore de tutoyer l’Histoire. Comme en leurs temps Lucienne ou Marcel Cherrier, Louise Belleret ou Pierre Ferdonnet, j’ai à ton contact affiné ma connaissance et forgé mes convictions en plus de mes lectures et de mes expériences et luttes militantes. Du plus loin que me reviennent nos souvenirs communs, je crois avoir fait ta connaissance lorsque j’étais alors aux jeunesses communistes à Bourges. Tu m’avais plus tard grandement impressionné pour la défense âpre de la mémoire de la république espagnole et de ses combattants face à Bartolome Bennassar lors d’un débat qui eu lieu à Bourges et où l’historien avait eu maille à partir face à toi, à ta mémoire intacte des événements. Une mémoire que j’ai pu mettre à l’épreuve encore l’an passé lorsque je t’ai interviewé pour le journal 18 à l’occasion de l’anniversaire de la guerre d’Espagne. Je dois dire que comme le gamin de la JC que j’étais, je suis demeuré bouche bée devant les récits de ton engagement au côté du peuple espagnol, de ton évasion des camps de prisonniers allemands puis ton entrée et tes combats dans la Résistance.
Je n’y reviens pas d’autres le feront et ton livre raconte tout cela.
Tu as cent ans maintenant et on peut attester en te voyant que le communisme ça conserve plutôt bien, que c’est la jeunesse du monde comme disait Paul Vaillant Couturier. Ta capacité d’indignation et de révolte contre l’injustice, est intacte. Plus que ta fidélité au PCF, c’est celle aux enseignements qui furent les tiens, ceux de Lénine comme tu te plais à le dire, aux valeurs et aux principes communistes qui force mon admiration car finalement c’est très facile de rester dans un parti pour plein de raisons, plus dur est d’en faire vivre ce qui en a fait l’originalité et la force. Tu y parviens, avec une forme de douceur, de tranquillité, d’humour parfois, qui fait du bien dans la période que nous vivons.
Cette période où l’extrême-droite est une nouvelle fois aux portes du pouvoir dans notre pays, nous impose de résister. Qui mieux que le poète antifasciste Rafael Alberti pour nous rappeler à la vigilance et au combat ?

Au grand galop Les terres, les terres, les terres d’Espagne
Les grandes, immenses, désertes étendues
Galope cheval balzan

Cavalier du peuple

Sous le soleil et la lune

Au galop, au grand galop jusqu’à les ensevelir dans la mer tel un cœur qui cogne, sonnent et résonnent
Les terres d’Espagne sous tes quatre fers
Galope cavalier du peuple O cheval balzan O cheval d’écume

Personne, personne, en face personne

La mort n’est personne chevauchant avec toi Galope, cheval balzan Cavalier du peuple Car la terre est tienne

¡A galopa r,a galopar, hasta enterrarlos en el mar !
Alors bon anniversaire Henri et le combat continue, jusqu’à la victoire !

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