Véritable frontière imposée par l’occupant allemand à la France lors de l’armistice du 22 juin 1940, la ligne de démarcation s’étend sur 1200 km depuis la frontière suisse jusqu’à la frontière espagnole. Elle traverse alors 13 départements dont celui du Cher, de Thénioux à Mornay-sur-Allier.

Carte de France-La ligne de démarcation-30 mars 2015

Dépliant du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation – Couverture

Dépliant Ligne de démarcation Musée départemental de la Résistance et de la Déportation- couverture

Dépliant ligné de démarcation Musée départemental de la Résistance et de la Déportation-Intérieur

 

Le territoire au nord de cette ligne est en « zone occupée » par les forces militaires et policières allemandes, au sud, la zone « non occupée », dite « libre » à tort car elle est sous le contrôle du gouvernement de Vichy qui collabore avec l’occupant, a supprimé la République et impose lui aussi une véritable dictature. D’ailleurs parmi ceux qui ont réussi à passer de la zone occupée à la zone non occupée il en est qui n’ont pas trouvé la liberté pour autant. Certains ont été arrêtés par la police française et remis aux autorités allemandes comme David RAJNCHERC né le 27 juillet 1901 à Czetochowa en Pologne et arrêté le 18 juillet 1942 à Châteauneuf, alors en zone non occupée.
A l’image du reste du pays, la zone occupée dans le Cher est la plus peuplée et la plus industrialisée mais son ravitaillement dépend largement de la zone sud, plus rurale. Cette dernière est coupée de la préfecture de Bourges et rattachée pour un temps à celle de Chateauroux, en zone non occupée, puis à partir de 1941 à la sous-préfecture de Saint-Amand-Montrond.
Outil de contrôle et de surveillance, la ligne de démarcation supprime de fait la liberté de circulation du courrier, des marchandises et des personnes. Postes de garde français et allemand matérialisent cette ligne sur les routes et voies ferrées. Toute personne désirant franchir cette frontière doit présenter un « laisser passer » délivré par les autorités allemandes.

Photo-Poste allemand sur la ligne de démarcation dans le Cher

Poste de garde allemand installé sur le ligne de démarcation

Certains ne peuvent se procurer ce laisser-passer et cherchent dès lors à franchir la ligne clandestinement : prisonniers de guerre évadés, aviateurs alliés, résistant, réfugiés, juifs persécutés… Ces clandestins sont aidés par des frontaliers, le plus souvent par solidarité, puis par volonté de résister. De véritables filières d’aide au passage clandestin sont organisées, pouvant fabriquer par exemple des faux papiers.
Comme toute frontière, la ligne de démarcation n’est pas imperméable. Les subterfuges employés par les passeurs sont multiples, mais comme les clandestins, ils risquent leur liberté et leur vie.

Photo-Monument à la mémoire des passeurs à Thénioux-Cher

 

Monument à la mémoire de Raymond Toupet à Thénioux, et à Joseph LE CAM près du canal de Berry. Résistant et passeur sur le Cher, Raymond TOUPET fu tué dans sa barque par l’occupant hitlérien. Joseph LE CAM est mort en déportation.

Le 11 novembre 1942, à la suite du débarquement allier en Afrique du Nord, les Allemands envahissent la zone non occupée afin de protéger les côtes méditerranéennes. La ligne de démarcation perd son rôle de frontière mais la ligne de démarcation n’est officiellement supprimée qu’en mars 1943.

Eric ALLARY, docteur en histoire et spécialiste de la ligne de démarcation, indique cependant, dans sa conférence du 6 avril 2017 à Bourges : « la propagande de Vichy fait croire qu’il n’en est rien et un seul responsable de l’époque écrit à Pierre LAVAL pour trouver que c’est dommage de voir disparaître une telle ligne en proposant de créer de nouveaux postes pour contrôler. Il s’agit de René BOUSQUET. » Celui-ci, rappelons le, fut secrétaire général de la police du régime de Vichy. A ce titre, il fut l’organisateur notamment de la rafle du Vélodrome d’hiver de juillet 1942 où plus de 13000 juifs sont arrêtés par la police française pour être remis aux autorités d’occupation qui en organisent la déportation à l’est.
Des panneaux indiquant « Ici passait la ligne de démarcation » ont été posés par les communes traversées par la ligne de démarcation dans le Cher. Ils expliquent ce qu’était cette frontière.

Photo-Panneau ligne de démarcation

Ils ont été réalisé par le Conseil départemental avec le concours du comité départemental d’union des associations et amis de la Résistance et de la Déportation, de la direction des archives départementales et du patrimoine, de l’ONAC18, des Amis du Musée de la Résistance et de la Déportation, de l’association des Maires du Cher et des communes de : Remontant-, Brétigny-sur-Orge, Sabrina, la Chapelle-Huron, Cornusse, Croisy, Crosses, Flavigny, Foëcy, Germigny-l’Exempt, Ignol, Jussy-Champagne, Mery-sur-Cher, Mornay-sur-Allier, Morthomier, Neuvy-le-Barrois, Plaimpied-Givaudins, Preuilly, Quincy, Raymond, Saint-Just, Saint-Georges-sur-la Prée, Sainte-Thorette, Le Subdray, Thénioux, Trouy, Vierzon, Villeneuve-sur-Cher, Vornay
Le livre mémorial des déportés du Cher réalisé par l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD) et l’Association des Amis du Musée de la Résistance et de la Déportation du Cher a recensé plus de 1000 noms de déportés du département du Cher.
Sur ces 1000 déportés, 207 l’ont été pour avoir tenté de passer illégalement la ligne de démarcation ou pour avoir aidé des gens à la franchir (les passeurs).
Sur ces 207 déportés, on a dénombré 173 juifs dont 14 seulement sont rentrés. Parmi eux, 14 enfants de moins de 15 ans dont aucun n’est revenu.
Ces gens cherchaient à fuir la guerre et les persécutions et leur espoir s’est évanoui sur la ligne de démarcation.
Parmi ces 207 déportés en lien avec la ligne de démarcation on compte 26 passeurs dont 14 sont rentrés.

Le devoir de mémoire nous renvoie à aujourd’hui : où des milliers de gens comme pendant la 2è guerre mondiale, cherchent à fuir les guerres et les persécutions : de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan, de Libye, du Soudan etc. Déjà des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont morts pour avoir tenté de traverser clandestinement la Méditerranée sur des embarcations de fortune et la liste ne cesse de croître.

Aujourd’hui comme hier en France, il y a des citoyens qui sont poursuivis en justice et sont menacés de d’emprisonnement simplement pour avoir accueilli des réfugiés. C’est le « délit de solidarité ».

Alors que les puissances occidentales ont une part de responsabilité dans la situation de ces pays, la liste des murs qu’on élève pour refouler les réfugiés n’a jamais été si longue entre l’Europe Occidentale et le Moyen Orient, entre l’Europe Occidentale et l’Afrique. Aux Etats-Unis, Trump veut ériger un mur pour refouler les Mexicains qui fuient la misère et pousse même le cynisme à réclamer une participation financière au Mexique. Face aux Palestiniens qui voient leur territoire grignoter encore et encore par de nouvelles colonies, l’état d’Israël a fait ériger un mur. En tout, près de 70 murs se dressent aujourd’hui dans le monde comme une réponse aux inquiétudes sécuritaires ou une barrière contre les migrations.

Aujourd’hui comme hier, nous devons RÉSISTER !

2 réflexions sur “La ligne de démarcation : une frontière, des êtres humains qui fuient la guerre et les persécutions, des déportations, des femmes et des hommes qui résistent

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