champenChaque année en novembre , la municipalité de Marseilles-les-Aubigny, les comités du Cher et de la Nièvre de l’ANACR rendent hommage à Roland CHAMPENIER, communiste ; résistant, dirigeant des maquis de la Nièvre, organisateur de la Libération de la Nièvre.

Ci-dessous, le texte de l’hommage de l’ANACR du 15 novembre 2015

Monsieur le Maire

Mesdames, Messieurs

Chers Amis et Camarades,

Il y a 71 ans, tombait Roland CHAMPENIER sur le front des Vosges devant Champagney.

Nous honorons aujourd’hui cette grande figure de la Résistance du Cher et de la Nièvre.

Roland est né en mars 1924 à Marseilles-lès-Aubigny. Son père, dit « Capiche », était limonadier. Son commerce était fréquenté, non seulement par les ouvriers du bassin de Beffes, mais aussi par tous les mariniers qui étaient de passage.

Ceux-ci apporteront à Roland une culture populaire dont il était friand. Après l’école primaire, à

l’âge de 12 ans, il entre à l’Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon, après avoir passé le concours d’entrée où il est reçu 4 ème sur 150 candidats. C’est un élève studieux et prometteur.

Sportif, il pratiquait le football et la natation.

Né dans une région ouvrière où des militants actifs avaient gagné de haute lutte les premières libertés syndicales et avantages sociaux acquis avec le Front Populaire en 1936, Roland se trouve tout logiquement orienté vers les mouvements de gauche et il adhère aux Jeunesses Communistes.

En 1939, son parti est interdit, et pour Roland, c’est déjà une semi-clandestinité.

Pourtant, dès 1940, il contacte d’autres jeunes ; il organise et participe au travail de sape de l’armée d’occupation, du régime de Pétain et de ses collaborateurs. Malgré sa jeunesse, il a 16 ans, il aide de nombreux prisonniers parqués à Fourchambault, à s’évader pour passer en zone non occupée.

De plus en plus engagé dans la Résistance, Roland abandonne ses études et se fait embaucher à la SNCAC à Fourchambault. Il se lance tout de suite dans la formation des groupes de 3, pour les distributions de tracts et les sabotages de la production industrielle. Soupçonné, il est renvoyé. Il retrouve un autre emploi à La Guerche, dans le Cher, où il continue son activité au sein d’une organisation déjà opérationnelle.

ALAMO, le responsable, ayant été arrêté, Roland est tout désigné pour le remplacer.

Là encore, il déborde d’activité malgré une étroite surveillance et bientôt c’est de nouveau le licenciement. Trouver du travail dans de telles conditions, c’est une tâche insurmontable. Il est alors appelé par les hauts responsables Inter-Régions, pour prendre la Direction Départementale des Jeunesses Communistes dans le Cher.

Dès 1941, le Front National de la Résistance avait étendu ses ramifications et Roland ne peut qu’y adhérer. La lutte connaît de nouvelles formes d’activité : attaques directes sur l’armée allemande, sabotages dans les usines, les écluses, partout où cela est possible.

1942 arrive, après l’échec du travail volontaire en Allemagne, le Gouvernement de Vichy institue le Service du Travail Obligatoire (STO). Les ouvriers sont désignés dans les usines, pour aller travailler en Allemagne afin de soutenir la machine de guerre nazie.

Pour Roland et pour ses camarades, il faut inciter les jeunes à ne pas partir, leur expliquer comment échapper aux recherches.

Très vite, Roland comprend, lui le Communiste, que le grand rassemblement des patriotes passe par la diversité des opinions politiques, philosophiques ou religieuses.

Ce qui compte par dessus tout pour lui est de chasser l’envahisseur et activer la défaite de l’Allemagne nazie. Pour cela, il est entouré d’hommes de valeur sûre comme Roger MELNICK de Guérigny qui avait échappé à l’arrestation peu de temps avant son camarade BONAMY de Prémery. Roger se rend dans le Cher pour devenir le responsable militaire du département grâce à ses antécédents et sa conduite présente.

En cette fin 1942, Roland est éprouvé, Louis son père, est arrêté et deux mois après, Marguerite sa mère, doit s’enfuir pour échapper à la police. Plus tard, son père est relâché et peut rejoindre son fils, mais ses grands-parents sont eux aussi arrêtés, déportés dans les camps de la mort, son jeune frère Maurice, âgé de 14 ans, est également arrêté et interné à Bourges puis à Blois. Maurice servait d’agent de liaison et de ravitaillement.

Malgré l’adversité, Roland poursuit la lutte avec Roger MELNICK, d’autres camarades viennent l’épauler, comme Léon WASICK, alias Bébert, Max TENON alias Michel, Jean VAIREAUX alias Bourdiche, Raymond LARPENT alias Moustache, RAGOUT alias Vidocq, DELABRE, etc… Dès lors, les actions armées ne se comptent plus : déraillements de convois militaires, sabotages d’usines, attaques directes contre l’occupant nazi.Toute la gamme de la lutte armée se développe, les actions impulsées par Roland se multiplient avec audace.

Fin tacticien, il réussit partout. Pour donner plus d’ampleur aux combats, il installe plusieurs maquis dans le bassin de Beffes, le Maquis de Fourneau, le Maquis de l’Ile de la Marche, le Maquis de l’Ile de Beffes, le Maquis de Feux, le Maquis de Gron et celui d’Ivoy le Pré.

En avril 1943, à la suite de l’anéantissement du Maquis de la Fontaine du Bois et l’arrestation de tout l’Etat Major des FTP de la Nièvre, c’est DELABRE, de Guérigny, qui prend la succession de MARQUEREAU, mais poursuivi bien que blessé, il réussit à échapper à la police et disparaît. La Nièvre a besoin d’une nouvelle Direction …

C’est donc Roland, tout en gardant ses prérogatives sur le Cher, qui est désigné pour constituer le nouvel Etat Major FTP pour la Nièvre. Il déplace quelques camarades du Cher auxquels s’ajoutent MARNIER (alias Pilon), BARBIER (alias Pierrot), GENET, ensuite LEBLOND (alias Geo), RAVEAU (alias Bob), BUSSIERE (alias Rémy). Ces trois derniers ayant été arrêtés sont libérés par Roland et ses hommes de l’hôpital de Nevers où ils étaient soignés après avoir été torturés. Enfin DUPRILOT (alias Jacky) qui lui aussi est arrêté, est fusillé le 19 janvier 1944.

A l’image du Cher, les maquis se multiplient dans la Nièvre. Le Maquis de Faye (Sauvigny les Bois) a pour responsable Raymond PETIT (alias Fernand). Ce dernier doit partir ensuite pour le Loir et Cher mais il est arrêté à Blois, d’où il s’évade pour reprendre la lutte. Mais Roland va encore subir une dure épreuve : le 31 août 1943, Roger MELNICK est arrêté dans le Cher et après d’horribles tortures, il est fusillé le 23 novembre à Bourges.

Roland continue le combat. D’autres maquis se forment, le Maquis « Jean Jaurès » avec à sa tête Raymond CLOISEAU (alias Roger), le Maquis « Gabriel Péri », le Groupe « Melnick » avec Pierre CORBIER, le Groupe 207 à La Charité avec BARBIER et GENET, le Groupe Camille BAYNAC aux Essarts à Imphy, le Groupe de Fourchambault avec FREMION, etc. …

Pour tous ces patriotes, il faut des armes et des explosifs afin d’accentuer la pression ; mais à Londres, l’Etat Major de la France Libre est réticent pour les parachutages aux FTP.

Celui-ci n’est pas d’accord avec l’action directe comme le veut Roland, les parachutages sont reçus par l’intermédiaire du B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) qui les stocke et les réserve pour l’insurrection finale. Mais Roland ne l’entend pas de cette oreille. Pour combattre et se défendre contre l’ennemi, il faut des armes à tout prix et c’est ainsi qu’il récupère un parachutage largué à Ivoy le Pré dans le parc du Château. Une tonne et demi peut être distribuée aux Maquisards. D’autres suivent par la suite.

Dès lors dans le Val de Loire, de Cosne à Decize, de Nevers à Prémery, sur les routes, sur les voies ferrées, l’ennemi doit faire face à une Résistance de plus en plus organisée, de plus en plus meurtrière. Dans le Cher, les voies d’accès entre Bourges, La Charité et Cosne, Bourges et Nevers, sont soumises à la même insécurité.

Pour venger tous ses camarades qui sont tombés, Roland décuple ses efforts, et tout au long du printemps et de l’été 1944, l’activité des FTP ne connait aucun relâchement. D’autres Maquis se forment encore : le Maquis de Donzy (avec Louis CHAMPENIER), le Maquis des Bertranges avec FREMION, le Maquis d’Entrain avec BRASSEUR, le Maquis de Vielmanay avec BARBIER, le Groupe G à St-Benin d’Azy , Isidore à Lormes, Serge Renex dans le Morvan et d’autres encore …tous sous le commandement suprême de Roland.

Après le débarquement du 6 juin 1944, Roland, à la tête d’une puissante armée FTP, prend contact avec les autres formations FFI pour coordonner l’action en vue de la libération du territoire et en premier lieu du département. Il est assimilé au grade de Commandant et son autorité impressionne ses partenaires ; des accords sont conclus à Ouroux avec le Colonel ROCHE ; dès lors, des parachutages sont reçus légalement, ce qui permet à ses hommes d’être pourvus d’un armement assez efficace pour que les grandes opérations de la Résistance pour la Libération puissent commencer. Des combats meurtriers frappent l’ennemi comme à Donzy où son père est tué à ses côtés, aux Essarts où de nombreux nazis sont anéantis. Des embuscades sont tendues sur toutes les routes, l’ennemi subit beaucoup plus de pertes que les Maquisards, la coordination entre les diverses formations est exemplaire.

Après avoir commis des massacres dans la Nièvre comme à Dun-les-Places, Planchez, Arriaut, etc. … les nazis commencent leur retraite, l’heure de la Libération a sonné. A la tête des FTP, Roland entre le premier à Nevers par le nord, tandis que les FFI du Capitaine JULIEN suivent en entrant par le sud. Après la fuite du dernier allemand, Roland contribue à l’installation de la nouvelle administration du département formée dans la clandestinité à l’Etat Major d’Ouroux, sous la direction du Colonel ROCHE, chef des FFI de la Nièvre.

Aussitôt après l’installation du nouveau Préfet, Roland apprend qu’une colonne allemande remontant du sud-ouest, est harcelée par d’autres maquisards dans la région de St-Pierre le Moutier. A la tête de ses FTP, il se porte à leur rencontre et avec la présence d’Officiers de la France Libre, il obtiend leur reddition, 2000 prisonniers avec chevaux, armes et matériel sont conduits à Nevers et parqués à l’usine Thomson sous la surveillance du Capitaine Le Vengeur, chef des milices patriotiques.

Pour Roland, c’est son dernier combat de Résistant. Mais la guerre n’est pas finie. Stationné à la Caserne de Nevers, il est appelé à former le 3ème bataillon du 1er Régiment du Morvan. La guerre pour lui change de figure ; sa préparation accomplie à Is-sur-Tille près de Dijon, il part pour le front des Vosges où là encore, son unité va se distinguer. Malheureusement, son destin de Grand Chef va se terminer tragiquement. C’est à un croisement, alors qu’il consulte ses cartes d’Etat Major, qu’un obus allemand vient le faucher.

Roland, l’Invincible, celui qui s’était sorti de tous les traquenards tendus par la police de Vichy et la Gestapo, Roland, cet entraîneur d’hommes, est blessé grièvement le 9 novembre 1944 devant Champagnier et il meurt le soir du 13 novembre à l’Hôpital de Campagne de l’Armée Française à Lure.

Roland restera dans la mémoire de ses camarades comme le plus bel exemple de la bravoure, de l’audace, de l’énergie envers la jeunesse. Comme l’a écrit R. DESNOS, le poète, « Roland avait un cœur qui haïssait la Guerre, pourtant il était obligé de la faire, il aimait la Paix et la Liberté, il est mort avant de les connaître ».

Mais que dirait-il aujourd’hui en voyant tous les acquis de la Résistance auxquels il a sacrifié sa vie, liquidés, bafoués par un capitalisme revanchard ? Que dirait-il aujourd’hui en voyant les médias faire la part belle à Mme LE PEN héritière des idées de Pétain, elle qui chaque année va au bal des néonazis en Autriche.

Que dirait-il aujourd’hui après ces horribles attentats comme ceux qui ont été commis vendredi soir à Paris par des fanatiques dont les pratiques rappellent la barabarie nazie ?

Comme l’a dit le grand dramature allemand Berthold Brecht, « le ventre est encore fécond, d’où à surgit la bête immonde… »

A nous, les héritiers de la Résistance il nous revient de continuer la lutte pour défendre les acquis de la Résistance comme la Sécurité sociale, les services publics, les comités d’entreprises, les libertés syndicales, de la presse, les libertés d’une façon générale, la République.

Je vous remercie de votre attention.